Exil
Série de 31 photos
Paris, École Erlanger, lundi 4 avril 2023.
Occupation d'une école abandonnée pour loger temporairement 250 mineurs non accompagnés exilés (MNA). Les enfants exilés sont les premiers à subir les violences policières. Avant cette occupation, ils vivaient là où ils pouvaient : tentes, sous des ponts, écoles abandonnées, hangars délabrés, etc. En deux mois, le nombre de MNA a doublé à l'école. Action pacifique menée par les associations Utopia 56, Timmy et les Midis du MIE.
Paris, place du Palais Royal, mardi 20 juin 2023.
C'est ici que l'action a eu lieu, en ce jour particulier. Des centaines d'enfants sont réunis. En installant les tentes sur la place, avec l'aide des bénévoles des associations, les sourires des enfants reviennent un peu. Ils ne sourient pas vraiment, ce ne sont pas des sourires joyeux, mais des sourires sous tension. La pseudo-détente fut de courte durée. À l'arrivée des policiers, les 700 mineurs restent dans leurs tentes, sortant une tête de temps à autres. Assez vite encerclés et nassés, les MNA sont "protégés" par une chaîne humaine composée de bénévoles, de gens de la presse, d'avocats et de députés. Une députée force le passage de la nasse ; elle est jetée au sol dans la cohue quelques minutes plus tard. Le rapport de force est biaisé : l'ardeur et la violence dont font preuve certains policiers sont clairement disproportionnées.
L'excès de zèle en cette journée internationale pour les réfugiés laisse un goût amer. Ce soir-là, j'ai éprouvé de la colère et de la haine envers les forces de l'ordre, même si j'ai déjà vu des choses bien pires de leur part, ulcéré par tant de brutalité. Désormais, ces mineurs non accompagnés sont une cible. Glacés de peur, la plupart d'entre eux resteront dans leur tente. La police vide la place du Louvre en direction du Conseil d'État. Les tentes sont violemment arrachées à coup d'assauts répétitifs. Ça dure jusqu'à tard dans la nuit. Certains mineurs sont blessés et finiront à l'hôpital, d'autres arrêtés et emmenés dans différents commissariats. Les arrestations sont nombreuses.
Pour un moment, en tout cas, c'est une des scènes qui m'a le plus bouleversé de toute ma vie. J'ai mis une semaine à m'en remettre. C'était à la fois très dur et, en même temps, je ne me suis jamais senti aussi fier d'être photographe. Je me suis dit :
"Quel autre moyen de mettre en lumière une situation et de lutter contre les injustices que de montrer comment sont traités les mineurs non accompagnés à Paris ?"
"Quel autre moyen de mettre en lumière une situation et de lutter contre les injustices que de montrer comment sont traités les mineurs non accompagnés à Paris ?"































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Exil
Paris, École Erlanger, lundi 4 avril 2023.
Occupation d'une école abandonnée pour loger temporairement 250 mineurs non accompagnés exilés (MNA). Les enfants exilés sont les premiers à subir les violences policières. Avant cette occupation, ils vivaient là où ils pouvaient : tentes, sous des ponts, écoles abandonnées, hangars délabrés, etc. En deux mois, le nombre de MNA a doublé à l'école. Action pacifique menée par les associations Utopia 56, Timmy et les Midis du MIE.
Paris, place du Palais Royal, mardi 20 juin 2023.
C'est ici que l'action a eu lieu, en ce jour particulier. Des centaines d'enfants sont réunis. En installant les tentes sur la place, avec l'aide des bénévoles des associations, les sourires des enfants reviennent un peu. Ils ne sourient pas vraiment, ce ne sont pas des sourires joyeux, mais des sourires sous tension. La pseudo-détente fut de courte durée. À l'arrivée des policiers, les 700 mineurs restent dans leurs tentes, sortant une tête de temps à autres. Assez vite encerclés et nassés, les MNA sont "protégés" par une chaîne humaine composée de bénévoles, de gens de la presse, d'avocats et de députés. Une députée force le passage de la nasse ; elle est jetée au sol dans la cohue quelques minutes plus tard. Le rapport de force est biaisé : l'ardeur et la violence dont font preuve certains policiers sont clairement disproportionnées.
L'excès de zèle en cette journée internationale pour les réfugiés laisse un goût amer. Ce soir-là, j'ai éprouvé de la colère et de la haine envers les forces de l'ordre, même si j'ai déjà vu des choses bien pires de leur part, ulcéré par tant de brutalité. Désormais, ces mineurs non accompagnés sont une cible. Glacés de peur, la plupart d'entre eux resteront dans leur tente. La police vide la place du Louvre en direction du Conseil d'État. Les tentes sont violemment arrachées à coup d'assauts répétitifs. Ça dure jusqu'à tard dans la nuit. Certains mineurs sont blessés et finiront à l'hôpital, d'autres arrêtés et emmenés dans différents commissariats. Les arrestations sont nombreuses.
Pour un moment, en tout cas, c'est une des scènes qui m'a le plus bouleversé de toute ma vie. J'ai mis une semaine à m'en remettre. C'était à la fois très dur et, en même temps, je ne me suis jamais senti aussi fier d'être photographe. Je me suis dit :
"Quel autre moyen de mettre en lumière une situation et de lutter contre les injustices que de montrer comment sont traités les mineurs non accompagnés à Paris ?"
"Quel autre moyen de mettre en lumière une situation et de lutter contre les injustices que de montrer comment sont traités les mineurs non accompagnés à Paris ?"